Denis Mukwege : « L’état de siège est incapable de protéger les civils et de prévenir la répétition des crimes. Cet échec doit être acté »

Le lauréat du prix Sakharov et le prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege déplore la détérioration de la situation sécuritaire et ses conséquences humanitaires dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, sous état de siège.
 
Le célèbre gynécologue réagissait aux derniers massacres ayant fait plusieurs dizaines de morts respectivement à Mongwalu le dimanche 8 mai et au camp de déplacés de Lodda près de Fataki le lundi 9 mai, dans le Territoire de Djugu en Ituri.

Denis Mukwege estime que ces massacres sont insoutenables et démontrent une fois de plus que « la stratégie militaire soutenue par le gouvernement depuis un an est incapable de protéger les civils et de prévenir la répétition des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».
 
« En effet, c’est avec intérêt que nous avions suivi en septembre 2021 le rapport critique de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée Nationale sur l’état de siège et c’est avec effroi que nous avons pris connaissance des récentes données collectées par le Baromètre sécuritaire du Kivu qui a établi que plus de 2500 civils ont été tués dans les Provinces de l’Ituri et du Nord Kivu entre avril 2021 et avril 2022, ce qui équivaut à près du double des tueries documentées l’année précédente, avant la décision prise le 6 mai 2021 de décréter l’état de siège », regrette t-il.
 
Il soutient que l’augmentation des violations des droits humains, le nombre croissant de victimes parmi la population civile, l’extension des zones d’instabilité et la recrudescence du dynamisme de certains groupes armés tels que le M23 depuis l’entrée en vigueur de l’état de siège censé renforcer la protection des civils, neutraliser les groupes armés et pacifier les provinces meurtries doivent impérativement amener les autorités à revoir en urgence la gouvernance sécuritaire et la diplomatie régionale.
 
Par ailleurs, il a salué l’intention Chef de l’Etat d’établir un plan de sortie de l’état de siège.

« En effet, cette mesure exceptionnelle qui restreint les droits et les libertés fondamentales, déjà prorogée à maintes reprises par le Parlement, n’a pas vocation à durer dans le temps et à être encore prolongée alors que l’insécurité est grandissante dans les deux Provinces concernées et que son impact sur la protection des civils est négatif. Cet échec doit être acté sans plus tarder », a martelé Denis Mukwege.

Mont CARMEL

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